LE BAL DES PHILOSOPHES – NIETZSCHE VS PLATON

LE BAL DES PHILOSOPHES – NIETZSCHE VS PLATON

Présenté par Martin LEGROS

Piano : Pierre-François BLANCHARD

La philosophie, ce ne sont pas seulement des idées et des concepts en pagaille, c’est une succession ininterrompue de débats où les grands penseurs s’opposent frontalement, à coup d’arguments, d’exemples… et parfois de mauvaise foi. 

Après avoir parcouru les grands concepts de l’histoire de la philosophie, nous nous intéresserons dans cette nouvelle saison du Bal des philosophes, aux grandes disputes philosophiques. 

À chaque fois, nous referons le match, texte en main. Car la pensée a besoin de confrontation pour mettre au clair ses raisons. 

Platon vs Nietzsche : La vérité, découverte ou invention ? 

((Texte 1))

Platon, Ménon, 80d-81d

Ménon 

XIV – Et comment t’y prendras-tu, Socrate, pour chercher une chose que tu ne connais pas du tout ce qu’elle est ? Parmi les choses que tu ignores, laquelle te proposeras-tu de rechercher ? A supposer même que, par une chance extraordinaire, tu tombes sur elle, comment sauras-tu que c’est elle, puisque tu ne l’as jamais connue ? 

Socrate 

Je comprends ce que tu veux dire, Ménon. Vois-tu bien quelles disputes soulève ce sujet que tu mets sur le tapis, qu’il n’est pas possible à l’homme de chercher ni ce qu’il sait, ni ce qu’il ne sait pas ? Il ne saurait chercher ce qu’il sait, puisqu’il le sait, et qu’en ce cas, il n’a pas besoin de le chercher, ni ce qu’il ne sait pas par la raison qu’il ne sait même pas ce qu’il doit chercher. 

Ménon 

Ne trouves-tu pas que cette argumentation est pertinente, Socrate ? 

Socrate

Non, je ne le crois pas.

Ménon

Peux-tu dire pourquoi ?

Socrate 

Oui. J’ai entendu des hommes aussi bien que des femmes habiles dans les choses divines…

Ménon 

Que disaient-ils ?

Socrate

Des choses vraies, à mon avis, et belles. 

Ménon 

Quelles choses ? et quelles sont ces personnes-là ? 

Socrate 

Ce sont des prêtres et des prêtresses qui ont eu à cœur de pouvoir rendre compte des objets concernant leur ministère. C’est aussi Pindare et beaucoup d’autres poètes, j’entends ceux qui dont divins. Ce qu’ils disent, le voici. Examine si leur langage te paraît vrai. Ils disent que l’âme de l’homme est immortelle, et que tantôt elle s’échappe, ce qu’on appelle mourir, tantôt elle naît à nouveau, mais qu’elle ne périt jamais, et que, pour cette raison, il faut mener la vie la plus sainte possible :

« Car quand Perséphone a reçu des morts la rançon d’une ancienne faute, elle renvoie leurs âmes vers le soleil d’en haut, à la neuvième année. De ces âmes se forment les rois glorieux et les hommes puissants par la force et supérieurs par la sagesse, qui sont à jamais honorés par les hommes comme des héros sans tache. »  

XV – Donc, puisque l’âme est immortelle et qu’elle a vécu plusieurs vies, et qu’elle a vu tout ce qui se passe ici et dans l’Hadès, il n’est rien qu’elle n’ait appris. Aussi n’est-il pas du tout surprenant, que sur la vertu et sur le reste, elle soit capable de se souvenir de ce qu’elle a su auparavant. Comme tout se tient dans la nature et que l’âme a tout appris, rien n’empêche qu’en se rappelant une seule chose, ce que les hommes appellent « apprendre », elle ne retrouve d’elle-même toutes les autres, à condition qu’elle soit courageuse et ne se lasse pas de chercher ; car chercher et apprendre n’est autre chose que se ressouvenir. »

((Texte 2))

Friedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal. Prélude d’une philosophie de l’avenir § 212. 

« La tâche du philosophe véritable exige qu’il crée des valeurs. Tous les ouvriers philosophiques, façonné sur le noble modèle de Kant et de Hegel, ont à fixer et à réduire en formules un vaste état de valeurs – c’est-à-dire des valeurs établies, créées anciennement, qui sont devenues prédominantes et, pendant un certain temps, ont été nommées « vérités » – valeurs dans le domaine logique, politique (moral) ou artistique. Il appartient à ces chercheurs de rendre visible, concevable, saisissable, maniable, tout ce qui s’est passé et a été estimé jusqu’à présent, de raccourcir tout ce qui est long, le « temps » lui-même, et de subjuguer tout le passé : tâche prodigieuse et admirable au service de laquelle tout orgueil délicat, toute volonté tenace, peuvent trouver satisfaction. Mais les véritables philosophes ont pour mission de commander et d’imposer la loi. Ils disent : « Cela doit être ainsi ! » Ils déterminent d’abord la direction et le pourquoi de l’homme et disposent pour cela du travail préparatoire de tous les ouvriers philosophiques, de tous les assujettisseurs du passé, – ils saisissent l’avenir d’une main créatrice, et tout ce qui est et a été leur sert de moyen, d’instrument, de marteau. Leur « recherche de la connaissance » est création, leur création est législation, leur volonté de vérité est… volonté de puissance. – Existe-il aujourd’hui de pareils philosophes ? Y eut-il jamais de pareils philosophes ? Ne faut-il pas qu’il y ait de pareils philosophes ?… »

 

Philosophe et journaliste, Martin Legros est rédacteur en chef de Philosophie magazine et de Philomag.comIl est l’auteur de Pantopie (Le Pommier), entretiens avec Michel Serres et de Que faire ? Dialogue entre Alain Badiou et Marcel Gauchet (Philosophie magazine Editions), il dirige la collection 20 Penseurs (Philosophie magazine Editeur).

 

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